Egypte #3, Lever du jour à Siwa

(Photos de Siwa : http://www.davidcordovaphoto.com)

J’aurais bien voulu vous faire un article solide sur Alexandrie mais j’y suis vraiment passé en coup de vent alors je me contente de ce petit encadré à mémoriser pour la prochaine fois :

– étrange sensation de consulter ses mails depuis la bibliothèque d’Alexandrie… (c’est la nouvelle, flambant neuve, érigée sur les ruines de l’antique) c’est un peu comme si on me proposait d’aller piqueniquer dans les jardins de Babylone.

bibliotheque– en arrivant après un mois de Caire, on se dit « quelle ville agréable, quelle circulation maitrisée, et puis cette brise marine qui chasse la pollution… », on ne percute pas tout de suite qu’il y a quand même huit millions d’habitants et, sur le boulevard du front de mer, des passages piétons souterrains pour éviter de braver le trafic.

– pittoresque mise à jour du cliché de la terrasse égyptienne : à Alexandrie, on peut fumer une chicha sur la plage.

Bref, au bout de 48 agréables heures méditerranéennes, j’ai pris le bus de nuit pour Siwa. En fin de route, plusieurs checkpoints assortis deux fois d’un contrôle des passeports. Ça réveille, le conducteur dit quelques mots dans le micro en relançant l’éclairage blafard, le bus s’ébroue, on ouvre un œil, les cervicales lancent, on part en quête du passeport niché sous un repli de couverture, un gars en uniforme monte et débute le contrôle. Arrivé à mon siège, il s’attarde sur l’aspect général du passeport et le fatras symbolique (sérieux, qu’est-ce que c’est encombré, y a de l’outillage, de la verdure…) dessiné au-dessous de « République française » et ce regard prolongé me rend toujours content (il est 4h donc on va dire que je suis dans le pâté, à tendance content), parce que le type doit se dire : « ah, enfin un peu d’originalité », ensuite il me le rend ; je le reperds aussi sec dans un coin de la couverture, derniers réajustements cervicaux suivis d’assoupissement, jusqu’au prochain checkpoint.

capture2

L’oasis vue du ciel

 

J’arrive à Siwa au petit jour. La ville se réveille doucement, je pose mon gros sac à dos dans un camping conseillé par le Routard et après quelques menus achats de petit-dej (galette aux aubergines, falafels, foul) je m’installe sur la margelle d’une boutique, au soleil (la nuit a été fraiche).

PhotosDavid-49

Shali, la vieille ville en terre crue, s’est effondrée sous les baisers d’artillerie d’un monarque égyptien en mal d’unification (l’identité berbère est très forte ici. On comprend l’égyptien mais entre Siwis c’est le siwi qu’on parle, un dialecte berbère) et de terribles inondations dans les années 20. La ville moderne a en majorité adopté le ciment ou le calcaire et s’est développée en contrebas des ruines.

PhotosDavid-40 siwa shali

On peut les arpenter prudemment, et les néons disséminés dans les rues affaissées donnent à la nuit tombée une atmosphère des plus spectrales… Cela dit, certains cotés de Shali demeurent plongés dans le noir, parce que les Siwis viennent piocher dans le système d’éclairage de quoi fabriquer des bangs.

PhotosDavid-48

Je viens de parler de la nuit tombée. Il y a une bizarrerie qui me travaille depuis quelques semaines : « jour » est l’antonyme de « nuit », pourtant « à la tombée du jour » a pour synonyme « à la tombée de la nuit ». C’est étrange, non ? Et je sais qu’on pourrait en tirer un enseignement, un précepte soufi, un machin comme ça. Parce que souvent dans les relations humaines on cerne d’abord ce qui nous différencie des autres, on se trouve des valeurs opposées, on raisonne par antonymies sommaires. Mais il suffit de prendre un peu de recul pour constater qu’on est tous capables de s’harmoniser. Chaque fois qu’un cœur s’ouvre assez, il veut la même chose que n’importe quel autre : donner de l’amour sans compter, sans rien attendre en retour, se suffisant à lui-même et enclenchant un cercle vertueux. C’est là que les antonymies superficielles cèdent. Mais à l’échelle du quotidien c’est un long, aimant et persévérant travail de compréhension mutuelle, et c’est à celui qui en a conscience de faire le premier pas, sans attendre de réciprocité, et probablement le deuxième et le troisième pas, c’est une longue route, surement infiniment plus longue qu’un Le Caire – Addis, mais si ensoleillée… Donnez votre amour dès que vous le pouvez, c’est dans votre cœur, dans votre cerveau, dans vos yeux, à chaque fois, une fleur qui s’ouvre, un soleil qui se lève…

 

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4 commentaires

  1. Ah, ton dernier paragraphe… Je vais revenir en seconde semaine pour lui, ou pour eux, il y en a peut etre d’autres.

  2. Bonjour Olivier
    Belles photos et beau texte, cette ville en terre crue à moitié en ruine à l’air de sortir d’un récit, en l’occurrence le tien. Sur la photo on imagine plus que l’on voit et l’imagination fait le reste : magnifique !
    Hier J’ai visionné le Manuscrit trouvé à Saragosse tiré du roman du même nom de Jean Potocki lu il y a quelques années. L’effet que m’a laissé cette photo de SIWA cette vieille ville de terre à moitié détruite sur la proéminence n’en a été que plus renforcé.
    La bibliothèque d’Alexandrie New Look spacieuse un peu trop hangar à mon goût, tu casses le mythe antique…
    Agréable de voir, de lire tes impressions, anecdotes et de découvrir l’humanité de ton périple.

    A bientôt JD

    Ps: Belles impressions/journal de voyage. Pourquoi pas essayer de le faire éditer à ton retour si ça te chante.

  3. A méditer, donc. Merci pour ce billet !

    (haha pour les mails dans la bibliothèque d’Alexandrie, le coup du passeport en pleine nuit, et waow pour l’arrivée matinale dans cette ville-au-pied-des-ruines… on s’y croirait !)

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