Egypte #7, Le long de la mer Rouge

Le 14 mars au matin (oui, oui, ce blog est à la ramasse), on quitte le lagon. David prend la direction du sud, vers Dahab et Le Caire ; moi, la direction du nord. J’ai ma petite idée… Une piste longe le littoral à travers la réserve naturelle d’Abu Galum, jusqu’à la prochaine ville, Nuweiba, à 55km. Il est 8h10, j’ai une tente, trois litres d’eau et des conserves pour trois jours. Les montagnes à gauche, à droite les vagues rouge puis vertes puis bleues ; au-dessus, un ciel sans nuage. Un enthousiasme ronflant dans la tête et dans les jambes. Avoir une tente sur le dos, des provisions dans le sac et devant les yeux un paysage orange, rouge, vert et bleu… ah la liberté multicolore du Sinaï !

Je suis un long cordon de plages pendant quelques kilomètres, dépasse un autre lagon et après deux bonnes heures de marche je suis bien content de poser ma douzaine de kilos devant une tente bédouine : Sali me propose un thé et on discute un peu dans un baragouin d’anglo-arabe. Il passe ses journées à boire du thé en attendant les touristes et en pêchant « ce que la mer [lui] accorde ». Il n’a pas l’heure et on décide d’après la hauteur du soleil qu’il doit être 10h30. Mon portable est éteint pour économiser de la batterie.

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La marche reprend, j’atteins un petit cap rocheux qui doit être aux environs du spot de plongée de Ras Mamlah. Après avoir longé la grève et ramassé quelques fragments de corail pétrifié je m’accorde une pause dans l’ombre d’un petit mont pyramidal. Il doit être midi passé et le soleil tape. Deux biscuits, une vingtaine de pages de Nicolas Bouvier et deux autres biscuits plus tard, je reprends mes sacs et continue la route.

Quelques citations de L’Usage du monde :

A six heures, nous reprîmes la route de Nish que nous voulions atteindre avant la nuit. La fraîcheur s’installait. Nous quittions la Serbie comme deux journaliers, la saison finie, de l’argent frais en poche, la mémoire remplie d’amitiés toutes neuves. (p.56)

A mon retour, il s’est trouvé beaucoup de gens qui n’étaient pas partis, pour me dire qu’avec un peu de fantaisie et de concentration ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J’ai trop besoin de cet appoint concret qu’est le déplacement dans l’espace. Heureusement d’ailleurs que le monde s’étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c’est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d’aller chercher derrière l’horizon un village où vivre les trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m’en passer. (p.57-59)

Une ou deux heures plus tard, j’arrive en vue d’un checkpoint isolé. Quatre ou cinq soldats adossés à la barrière fument des cigarettes en bavardant. Des chiens me suivent sur une centaine de mètres, aboyant en relais, des chiens d’ici, couleur de désert et museau confituré de noir. 14h.

Peu après le checkpoint de Sukhn (en tout cas ça se prononce à peu près comme ça… mais c’est ingooglable), un pickup blanc s’arrête à ma hauteur et m’enjoint de monter. Six ou sept Bédouines voilées ou chapeautées discutent joyeusement à l’arrière, on essaie de communiquer un peu ; le vent est très fort et les incompréhensions nombreuses, mais la gaieté reste de mise tout le trajet. De temps en temps certaines rabattent leur voile sur le visage, sans que je sache si c’est à cause des rafales de vent ou de mon regard qu’elles jugent intrusif. Puis le conducteur les dépose à leur nouveau spot de pêche et je continue ma route jusqu’à ce qu’une tente bédouine émerge sur la grève. Je dis bonjour aux trois Bédouins qui préparent le déjeuner et, avec un sens de l’hospitalité à toute épreuve, ils m’invitent aussi sec à déjeuner. Des poissons tout frais pêchés finissent de mijoter dans le faitout placé sur le foyer. Il y a du riz cuit avec des tomates et des ognons, qu’on déverse sur un grand plateau, et de petits citrons pour assaisonner les filets. C’est délicieux. A ma droite, Djmil pousse assidument des morceaux de poisson de mon côté du plat. Le thé fume sur le foyer, dans une vieille boite de conserve. A la fin du repas, quand certains se sont calés pour une petite sieste, Hamed sous les tentures, Djmil à l’ombre de leur pickup, et après leur avoir rincé un plat ou deux dans les vagues, je réendosse mon sac et reprends la route, non sans y oublier ma bouteille d’eau…

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Finalement, après avoir longé une dernière plage, je m’arrête pour un peu de lecture à l’ombre d’un abri bédouin désert. On doit être à une vingtaine de kilomètres de Nuweiba, derrière une longue langue de sable qu’on discerne au loin, il est environ 15h. Je peux bivouaquer là et reprendre la route demain…

Mais je ne lis pas longtemps : le pickup blanc des pêcheuses passe en cahotant et me ramasse à nouveau, leur journée s’achève et on se met en route pour Nuweiba. On s’arrête une dernière fois et je les regarde s’éparpiller sur la grève en lançant leurs lignes, qu’elles finissent par ramener souplement à elles, bredouilles. C’est l’heure de la prière. L’une des pêcheuses est restée sur la plage et s’est agenouillée devant la mer, devant les montagnes d’Arabie et, loin au sud, La Mecque. Les bourrasques fouettent sa longue robe fuchsia et étouffent le ronronnement du moteur. La religion c’est bien simple et bien sain, une simple histoire de recueillement devant l’horizon, un moment d’introspection orienté vers une ville outremer. Pourquoi chercher davantage et créer tant de remue-ménage pour une communion si tranquille, une harmonie si simple ? La mer est verte et bleue, le soleil de l’après-midi commence à couvrir d’or l’Arabie qui nous fait face. Les voiles roses de la Bédouine bougent dans les rafales.

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