Egypte #12, Assouan

aswan

Bienvenue dans la vallée du Nil, option Première Cataracte.

C’est à Kubaniya, un village à dix kilomètres en aval, que j’ai passé mes premiers jours. J’avais rencontré en ville des felouquiers et ils m’ont invité à passer quelques jours avec eux. La brise du Nil y rendait la chaleur (entre 45 et 48°C) très supportable. Un joli mot un peu extravagant m’empêchait de faire trempette : ce mot c’est bilharziose (ah, que le concours de l’ENS est loin), une maladie parasitaire très présente sur les bords du Nil (bien pittoresques par ailleurs), due à un ver dont les œufs se glissent dans nos muqueuses. Sympathique !

La vie sur la felouque est assez nonchalante, le soleil y est pour quelque chose. Un drapeau à l’effigie de Bob Marley a été cousu sur un coin de la voile triangulaire. Le soir, on rejoint souvent la rive pour manger et jouer aux dominos avec des amis du village des felouquiers. Et le matin, d’étranges animaux viennent s’abreuver sur la grève près de laquelle la felouque est amarrée… Ce sont les minibus d’Assouan. Il y en a toujours deux ou trois, vers neuf heures, pour descendre à l’aplomb des vaguelettes. Leur chauffeur les contourne et s’avance dans le fleuve (les locaux ne sont pas très sensibilisés à la bilharziose) et remplit des seaux qu’il projette sur les vitres et la carrosserie. Le minibus reprend vite ses couleurs originelles, blanc et bleu immaculés, et après quelques ronflements de moteur finit toujours par s’extirper de la berge.

Après ces quelques jours sur la felouque, à vivre dans un paysage de fresque, j’ai regagné la ville.

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J’y ai passé un mois, dans une auberge de jeunesse modique et assez confidentielle, pas loin du souk. J’ai appris un peu d’amharique, utile pour la suite du voyage, j’ai préparé des flyers pour aider les felouquiers à accrocher les touristes (y a rien de plus gavant que de se promener sur les bords du Nil et d’attendre toutes les trois minutes « hi, hi mister, felucca one hour? hi stop one minute, felucca? » ; heureusement au bout d’un mois ils te connaissent et dès que t’approches ils te lancent en rigolant « I know I know you want nothing, no felucca, no taxi, no hashish, nothing! »), j’ai donné quelques cours de français à un serveur du Salah el-Din, un restaurant dont la terrasse avance sur le Nil devant Éléphantine. La double photo a été prise de la terrasse et vous pouvez même voir, sur Éléphantine, l’admirable hôtel Mövenpick et son espèce de tour de contrôle. Ami islamiste si tu as une bombe en rab:) (humour odieux bonsoir !)

awan-resto-salah-ed-din awan-resto-salah-ed-din zoom

C’est le repaire des felouquiers que je connais. Restaurants et felouques sont désespérément vides et ce n’est pas l’attentat de Louxor, début juin, qui va aider l’économie liée au tourisme. C’est comme ça depuis la révolution. Une vraie crise. Pourtant, le risque est-il si grand ? Non. Ça m’agace. Le vrai risque, en Egypte, c’est de se faire renverser par une voiture (40.000 morts par an causées par des accidents de circulation). Et ça, ça ne date de la Révolution. Mais c’est comme ça. Je suis sûr qu’il y a plus de touristes qui meurent chaque année en Suisse : d’accidents de ski ou par noyade dans un lac. J’ai pas de statistiques mais ça me semble évident. Au fait, les hippopotames tuent cent fois plus que les requins hihi. Championnats du monde 2014 des tueurs. Moustique paludisé : 600.000 morts par an. Hippopotame : 300. Requin : 10. Islamiste égyptien : 4… Va te rhabiller ! Voilà mon argumentation est arrivée à son paroxysme. Merci Olivier ! (« Tout est pardonné. »)

C’est aussi l’occasion de faire un bilan cartographié de ces cinq mois… Bilan des trajets, bilan des articles !

trajets total egypte articles recap

Je vais aussi mettre le second sur la page introductive Egypte.

Et pour conclure, un article sur Assouan n’en serait pas vraiment un sans une belle vue du temple de Philae… Champollion arrive sur l’ile (une autre ile, puisque le temple a été déplacé au moment de la construction du haut barrage) en 1828 et voici ce qu’il écrit (mise en forme respectée) :

Je ne pouvais être longtemps malade dans l’île d’Isis et d’Osiris : la goutte me quitta en peu de jours, et je pus commencer l’exploitation exploration des monuments. Tout y est moderne, c’est-à-dire de l’époque grecque ou romaine, à l’exception d’un petit temple d’Hathôr et d’un propylon engagé dans le premier pylône du temple d’Isis, lesquels ont été construits et dédiés par le pauvre Nectanèbe Ier ; c’est aussi ce qu’il y a de mieux. La sculpture du grand temple, commencée par Philadelphe, continuée sous Évergète Ier et Épiphane, terminée par Évergète II et Philométor, est digne en tout de cette époque de décadence ; les portions d’édifices construits et décorés sous les Romains sont pires, et quand j’ai quitté cette île, j’étais bien las de cette sculpture barbare.

Cache ta joie !

philae

 

 

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2 commentaires

  1. Heeeeey je rattrape seulement ce billet, sorry sorry !! Mais tu dois être au Soudan maintenant. Tout se passe bien ? Tu as un endroit où crécher ? Tu rencontres du monde sympa ?

    Suite à ton billet j’ai googlisé felouque pour savoir à quoi ça ressemblait. Sympa !! Comment tu les as rencontré tes hôtes fluviaux ? Il n’y a pas de couchsurfeurs à Assouan, pour que tu loges en auberge de jeunesse ? Ça ressemble à quoi l’amharique, à l’arabe ? Sympa le coup des flyers et des cours de français et merci pour cette remise en perspective de la dangerosité des lieux. De mon côté je pense que c’est la chaleur que j’aurais du mal à supporter. Mais bon, qui sait.

    Merci aussi pour ce résumé cartographique de tes billets, ça donne une vision plus lisible de ton itinéraire pour des gens qui comme moi ne maitrisent pas du tout la géographie égyptienne, malgré une lecture attentive de ton blog x)

    Bonne suite dans ton voyage et raconte-nous les choses, quand tu as un peu de temps et d’accès à internet 😀

    Des bises 🙂

  2. Oui, une felouque c’est le bateau que tu vois par exemple sur la petite photo de droite, quand je parle de la terrasse où se retrouvent les felouquiers.
    Mon pote mexicain/cairote David les avait rencontrés quand il avait passé quelques jours à Assouan et il m’avait filé leur numéro. Ensuite je les ai retrouvés et de fil en aiguille…
    Le couchsurfing à Assouan est très endormi ouais malheureusement. Mais l’auberge c’était cool, c’était 15EGP/nuit (un peu moins de 2€), les douches étaient relativement propres et y avait le wifi.
    Je suis sûr que d’ici un mois j’aurai l’occasion de poster de l’amharique ; )
    En tout cas, les articles soudanais sont dans les starting-blocks !

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