Soudan #3, Dongola

route soudan 3

Après deux cents kilomètres avec un routier syrien (« What about life in Damascus nowadays? » / « Hm, it’s ok, chouaia chouaia… » j’ai laissé mon regard errer sur le désert, bien en peine d’interpréter ce « chouaia chouaia » quand à ce moment du trajet une borne m’a indiqué le passage du kilomètre 666, curieuse coïncidence), j’arrive à Dongola, la ville principale du nord du Soudan. Début d’après-midi très chaud. Sur la place principale, le boucher me regarde avec un drôle d’air finir ma bouteille d’eau. Je sais que c’est frustrant en ces journées de jeûne mais sur le coup, agacé, j’ai envie de lui dire (comme sur ce badge que des étudiants cathos épinglent à leur trousse) « souris ! Jésus t’aime ».

 

sudaneseFood Je bouquine quelques heures à l’ombre, Tristes Tropiques me raconte l’exploration du Plateau Central brésilien. Lévi-Strauss parle d’esprits de la jungle, d’instruments de musique indigènes et de viande de tapir. Puis je rencontre Amin, mon couchsurfeur, et on prend le chemin de la maison ; il a fait des études de sciences politiques avant de travailler dans le tourisme et parle un peu français. A 19h20, à la première syllabe du muezzin, on commence le repas. On s’est installé dans la cour, sur un grand tapis, et on picore dans les assiettes : dattes et pois en guise de hors d’oeuvre, puis foul, frites, gurrassa (épaisse galette un peu spongieuse, qui semble partager un air de famille avec l’injera éthiopien) couverte de poulet en sauce, falafels, salade de tomate et de concombre, le tout s’accompagnant de jus de mangue, de jus d’hibiscus et de jus de fraise. Je m’entraine à manger de la main droite, c’est mieux vu dans le monde arabe (j’avoue n’avoir pas trop fait gaffe en Egypte) et ça me prépare aussi à l’Ethiopie, où manger de la main gauche est à proscrire…

Je passe quatre jours à Dongola, souvent en compagnie d’Amin (les journées de bureau sont loin d’être intenses pendant le ramadan). En fin d’après-midi, on part à moto avec ses deux enfants (trois et sept ans ; c’est une moto bien chargée !) se rafraichir sur les bords du Nil. La ville n’est pas très grande (15.000 habitants) et en quelques minutes on roule au milieu des champs. Deux ou trois anciens ferrys rouillent sur les bords du fleuve (il y en a même un dans un champ) : la construction du pont qui enjambe le Nil s’est achevée il y a seulement deux ans. Ça patauge gaiement, et au diable la bilharziose, ce ne sont pas quelques vers qui vont m’interdire la boue du Nil !

ferry échoué

Après le repas du soir (19h23 tic tac tic tac et soudain Aaaallaaaaaah w’akb- A TABLE), on rejoint dans la nuit une rue qui s’anime gentiment, où Amin a ouvert avec ses frères une boutique de glaces. Quelques amis passent, on discute un cornet à la main ; un de ses amis, prof d’anglais en Arabie Saoudite, a notamment plein de questions sur la France : quid de l’immigration ? du mariage gay ? Il fait preuve d’une homophobie assez ingénue, c’est avant tout de l’incompréhension. (Bien sûr, si la législation et la majorité de l’opinion restent très homophobes, il y a quelques bars gays à Alexandrie et un type à Assouan m’a même tenu la jambe sur 200m en me faisant des avances… Le démon couve !) Bref, on mange des glaces en parlant anglais, c’est un moment bien agréable et c’est intéressant de confronter nos points de vue (et je ne dis pas ça par langue de bois). On ferme la boutique aux alentours de minuit/une heure, pour rejoindre un « club », un bâtiment où on s’attable en plein air pour jouer aux cartes et aux dominos, ou faire à l’intérieur des parties de ping-pong.

On est le 10 juillet, dans huit jours c’est l’Eid (la fin du ramadan) et chacun a commencé les préparatifs (rangement de la maison et pâtisserie)… vivement !

Soit dit en passant, j’ai profité de cette première pause soudanaise pour acheter d’occase un portable, le précédent étant, vous vous en souvenez peut-être, en train de se faire lentement engloutir par le sable sinaïte – à moins qu’un petit pâtre bédouin ne lui ait offert une seconde vie. Rédigeant cet article à Port-Soudan, où j’ai fait l’acquisition d’une carte SIM, je peux même vous donner mon numéro, si l’aventure vous prend suffisamment au corps pour envoyer un texto à un numéro soudanais : +249 92 ** 74 240. Les étoiles c’est le numéro du bus qui passe devant la statue de Danton et dans la rue Jean-Pierre Timbaud ; peut-être même qu’on peut le prendre pour aller boire shreks et tiramisus. (Les différents dédicacés se reconnaitront.)

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Un commentaire

  1. NIAH CE REPAS. A la cool dis-moi ces quelques jours ! Ca va, t’as pas chopé les vers en pataugeant au bord du Nil ? Sinon sympa pour se poser un peu et de pouvoir discuter de mariage gay autour d’une glace ! J’suis contente de savoir que tu as de nouveau un portable, ça va être plus pratique quand même. ET VIVE LES SHREKS o/

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