Soudan #5, Vers Port-Soudan (jours 2 et 3)

Le lendemain, après ce qui s’apparente à une grasse matinée, je quitte Karima en direction du pont qui relie sa rive à celle de Merowe. Direction : Atbara, dernière ville d’importance avant la longue route de Port-Soudan. Trois quarts d’heure à progresser sur un petit axe secondaire qui serpente entre les jardins, décor typique de la vallée du Nil, jusqu’à ce qu’on me prenne en stop, puis qu’à Merowe un minibus me propose d’embarquer gratuitement pour Atbara. De la route on voit quelques dunes, et une coulée de sable fait parfois incursion sur l’asphalte.

D’Atbara à Port-Soudan, plus de 500 kilomètres sillonnés par les poids-lourds. Celui qui me prend en stop compte deux remorques et chemine au rythme autorisé de 60 à l’heure. Vous pouvez faire le calcul : le trajet sera long !
La route est aussi moins belle : aux vastes collines de sable et de roche cendrée qui défilaient entre Dongola et Karima a succédé une plaine désertique pâle et caillouteuse. Des lambeaux de pneus jonchent les bas-côtés. Je me dis que si le camion me laisse dans le coin, ce sera l’occasion de faire une petite récolte : y a pas longtemps j’ai regardé sur youtube un tutoriel inspirant montrant comment recycler les pneus pour en faire des semelles. La voie n’est pas plus large qu’une départementale mais ça n’empêche pas les camions de se doubler sans vergogne. Mon chauffeur est assez taiseux, tant pis. C’est la première fois que je roule de nuit sur une route sans le moindre éclairage. Nos phares jettent devant nous un halo faiblard.

vers port-soudan route

On s’arrête un peu après minuit sur une grande aire à la hauteur de Haya, un carrefour en plein désert où se rejoignent en direction de Port-Soudan la route de Khartoum et celle de Kassala. Un routier acolyte du mien et originaire de Kassala comme lui, avec lequel on avait bu un thé lors d’une pause précédente, s’est déjà garé et m’a déniché un sommier (il transporte le sien sur sa remorque vide), c’est chouette, on l’installe entre les deux camions et je m’endors vite.

Au milieu de la nuit, un type vient rechercher le sommier, je le laisse faire, un peu dans le pâté, et me hisse sur un petit bout de remorque disponible… qui se révèle bien meilleur pour le dos et plus abrité des bourrasques de poussière qui soufflent sur l’aire. Ça valait bien un réveil nocturne, d’autant que vers 5h du matin je sors d’un rêve assez drôle (des courses au supermarché avec mon frère et mes parents qui se finissait sur la promesse d’un gratin de macaronis à la bolognaise (c’était mon choix) doublé d’un gratin dauphinois amélioré (le choix de mon frère)…).

pates bolo gratin

Je me lève assez reposé et plein d’énergie après ce rêve de repas de famille ; le camion s’est réveillé aussi et gronde, alors je rejoins la cabine et on quitte Haya dans le petit jour. C’est une date un peu particulière, puisque l’an dernier le 13 juillet inaugurait mon été, avec ma cousine on stoppait vers Auxerre puis Mâcon (grosse pluie !) puis Vence en direction de la chèvrerie.

Après Sinkat, où le relief s’escarpe, le poids-lourd s’engage sur une route secondaire, le dénivelé de la route principale risquant d’endommager les remorques. Le camion chemine difficilement pendant trois quarts d’heure, au milieu des monts pelés creusés de ravines. Quelques arbres étalent leurs branches en direction du ciel comme des doigts de sorcière (ou comme ceux de Saruman au-dessus de son palantir). Des ruisseaux de sable filent en travers de la route, animés par les rafales. De temps à autre, le bruit sourd d’une remorque passant un nid-de-poule arrache un juron au routier. Bon gré mal gré, le camion cahote jusqu’à ce que le relief s’adoucisse et que l’on regagne la route principale : on n’est maintenant plus très loin de la mer Rouge. Le vent est vif et des tourbillons de sable traversent la route. Mais je n’ai pas de très bons yeux, ce ne sont peut-être que des djinns…

fin de la route

L’absence d’éclairage, une imprudence, une vitesse trop élevée, des fortes rafales… je ne sais pas à qui ou à quoi faire porter la responsabilité de ces trois, quatre poids-lourds couchés sur le flanc (ou la remorque parfois à l’envers) à quelques mètres de la route. (Une semaine plus tard, autre route, autre chauffeur, autre théorie : le faible de certains routiers pour la bibine.) Mon chauffeur me dit que c’est arrivé la nuit dernière. Des monceaux d’affaires sont éparpillées autour de l’une des cabines.

Et puis vers onze heures, on arrive en périphérie de Port-Soudan.

Allez, je promets de ne plus parler de stop dans les deux prochains articles.

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2 commentaires

  1. SOIXANTE
    kilomètres
    à l’heure
    pendant
    500
    kilomètres

    ben t’étais pas rendu mon gars xD

    cool le coup des semelles avec des pneus et bravo pour avoir réussi à dormir entre deux camions et entre deux bourrasques ; ton rêve te ressemble bien mdr

    joyeux anniversaire de route 🙂

    c’était un djinn, forcément

    il manque un bout à ton avant dernier paragraphe *smiley triste*

    moi j’aime bien quand tu racontes le stop mais si t’es arrivé, parle-nous de la ville hop, hop o/

    1. Desole pour la coupure, j’ai vu ca mais les articles sont impossibles a editer, j’ai teste sur plusieurs postes du cyber… haha, de toute facon il ne manque que quelques lettres. C’etait « j’arrive en peripherie de Port-Soudan » je crois la phrase. J’espere que tu ne revais pas de peripeties incroyables ayant disparu a la faveur de ce saut de ligne… Peripeties incroyables il n’y eut point !

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