Ethiopie #2, Gondar

Où l’on parle de bouffe.
Juste avant de parler de bouffe, je tiens à vous préciser que ça ne sert à rien de m’envoyer des messages sur mon numéro français, parce que je me suis fait pécho mon portable (et ma carte SIM française) par un gentil pickpocket à Addis. Pour mon numéro éthiopien, je devrais pouvoir le récupérer en achetant une nouvelle carte SIM, c’est l’affaire de quelques jours et je vous le filerai dans un prochain article.

La saison des pluies vit ses dernières semaines. Les trombes d’eau dévalent les rues pavées, chacun laisse passer le grain sur le seuil des cafés.
Gondar, 2300m d’altitude. C’est une ville où la mousse marbre les maisons en pierre et où la plupart des rues offrent de fraiches perspectives sur les montagnes environnantes. Il fait frais sans faire froid. Petite impression d’été suisse (même les Suisses vous le disent). Après tous ces mois sahariens, le paysage alpin du Nord éthiopien me réapprennent un peu le vert et la montagne.


château

Et puis au-delà de ces considérations environnementales, il y a un château qui vaut le détour (certains vous le vendront comme « le seul château fort d’Afrique »), une église avec de belles fresques chrétiennes et puis…

Et puis c’est l’Ethiopie les mecs. Ça veut dire que les gens font la queue pour attendre le bus. Si c’est pas formidable après cinq mois égyptiens parfois passés à jouer des coudes devant les guichets !…

Et puis c’est l’Ethiopie les gars. Ça veut dire que votre café, ou votre macchiato si vous n’avez pas envie d’être trop fouetté d’énergie, au-delà d’avoir la délicatesse de vous couter 6 birr (0,25€), il a une saveur de fou furieux. Les plantations s’étalent bien loin à plus de 1000km au sud de Gondar (niveau superficie, l’Ethiopie c’est deux fois la France), sur la route du Sud-Soudan et du Kenya.

kwanta firfir

Kwanta f’rf’r !

Et puis c’est l’Ethiopie les potos ! Ca veut dire qu’on salive pas mal. La base du repas, c’est l’injera, une galette de céréales (le t’ef, je pense que c’est endémique) un peu spongieuse et semi-fermentée qui sert de couverts et sur laquelle est disposé ce que vous avez commandé (bref, comme une galette de sarrasin et sans fourchette) : sh’ro (purée de pois à la tomate et aux épices), messer (curry de lentilles) doux, messer à l’awazi (moutarde et piment)… ou, si ce n’est pas un jour végétarien (il y en a deux dans la semaine, sans compter les 55 jours du Carême et quelques sessions bihebdomadaires au cours de l’année), quelques gentilles tueries comme le kwanta f’rf’r (des morceaux de bœuf séché et grillé, assaissonné de piment et de berbere, un mélange d’une quinzaine d’épices), des gomen bes’ga (épinards à la viande)… Et puis le k’tfo (qu’il me reste à gouter. Bah ouais mais c’est cher et vous allez voir que vu la composition du plat c’est mieux d’être sûr de la qualité de son adresse), du bœuf cru haché (un tartare quoi), au beurre, aux épices et au thym. Et puis des ragouts épicés de poulet, de bœuf, d’agneau… Choisissez ce qui vous plait.

un peu de tout

Un peu de tout.

Et puis… c’est l’Ethiopie. Adieu les rigueurs de la charia imposée par le gouvernement soudanais. D’ailleurs beaucoup de jeunes Soudanais viennent passer des weekends de l’autre côté de la frontière pour boire (et tirer) des coups. L’animation des petites rues pavées et moussues de Gondar se prolonge dans une moisson de petits bars : bières (à Gondar la reine c’est la Dashen, du nom d’un sommet des Simien), t’edj (hydromel) et puis divers alcools forts que tout le monde sur cette planète a l’air d’appeler de la même façon : aragi chez les Berbères et au Soudan, areki en Ethiopie… et bien sûr arak et raki dans l’Est méditerranéen. C’est plutôt de l’eau-de-vie de datte ou de sorgho, par ici. Je préfère l’anis… Bref, je m’accommode très bien des bières et du t’edj.

giorgis bedele Dashen

Bon, Gondar c’est un peu comme Tétouan au Maroc, vous vous faites aborder par tous les rabatteurs du coin qui profitent du fait que vous débarquez tout juste dans le pays et que vous n’avez pas encore une bonne notion de prix. Mais après le premier, vous êtes vaccinés pour le séjour. Ce qui conclut une liste de vaccins plutôt honnête : la fièvre jaune, un lot d’hépatites et toutes sortes de méningites à méningocoques (me demandez pas ce que c’est mais le mot est joli non ?), sans compter les rappels contre d’autres jolis mots comme la typhoïde. D’ailleurs, pourquoi on ne se fait vacciner que contre les jolis mots, hein ? moi je voudrais me faire vacciner contre paradigmatique et assainisation, ils sont moches ces mots. Alors que là j’ai l’impression de me protéger de fleurs des prés.

[digression] En parlant de typhoïde, Anne (ndlr : Frank) je te dédicace ces vaccins. J’espère que tu as fini par quitter ce banc d’Amsterdam où je t’avais dit « reste là, on revient ! ». C’était près du canal. (Quel détail capital à Amsterdam.)
[surdigression] Dire « près du canal » me fait penser à une chanson de Barbara mais je vais me censurer provisoirement parce qu’elle sera plus pertinente dans un article prochain. Or ce blog… est d’une pertinence… mais d’une pertinence !…

chatIl y a le khat/chat, aussi (prononcez tchate). Je me souviens, c’était mon premier solo en compétition de scrabble ! Je crois que c’était en bas à gauche de la grille pour 48 points. Septembre 1998 probablement. Ok je verrouille les vannes de la nostalgie. Le chat, donc : une plante dont on mâche les feuilles vert tendre (celles légèrement roussies sont les meilleures) pendant des heures dans les arrière-boutiques, en les agrémentant parfois de cacahouètes et de thé ou de Pepsi (parce que c’est très amer). Vous mâchez ça doucement avec tout ce jus amer dans la bouche. C’est censé avoir plein d’effets de voyage spatial (bon non j’exagère un peu), je pense que ça dépend de la qualité du chat et de sa provenance, parce que la plupart du temps ça vous rend simplement plus alerte et plus communicatif. Ca peut retarder le sommeil, aussi. Bref, à petite dose (un paquet de feuilles de 100g) c’est juste une sorte de Redbull naturel. Et c’est très bien comme ça.

Gondar c’était ma première étape éthiopienne et j’ai senti que c’était une ville où j’étais capable de faire mon nid, un peu comme Siwa. J’y ai passé une semaine, alternant couchsurfing et petits hôtels locaux (groupe nominal à rapprocher de « matelas à puces »).
Et puis à Gondar j’ai vécu le Nouvel an 2008. Je pense pas que ça m’arrive une troisième fois.

Ouh là, beaucoup de bavassage pour pas grand-chose. J’essaierai de faire mieux le prochain coup.

Publicités

3 commentaires

  1. Le coup du canal à Amsterdam et de du nouvel an 2008, je surkiffe. Dailleurs, je ne me souviens absolument pas ce que je faisais au nouvel an 2008. J’étais en 1ere (ma deuxième), donc j’opterai pour une soirée sans intérêt entre jeunes cons.

  2. Que de merveilles culinaires ma parole ! Et dis donc, Gondar a l’air d’une très chouette ville. Et la proximité phonétique avec Gondor renforce effectivement son caractère alléchant héhéhé. Ca me donne envie d’aller y faire un tour. Surtout si l’on peut y boire des bières locales, de l’excellent café et mâcher du chat 😀

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s