Ethiopie #5, Repos en Uthiopie

 

SONY DSC(12 octobre.)
Deux journées sans stop incertain, minibus surchargés ni pistes cahotantes nous permettent de tranquillement faire le point sur notre semaine d’itinérance. On serait bien téméraires de déclarer que la guerre contre les puces est gagnée : le soir dans la tente j’entends parfois encore Simon se gratter dans son duvet et il me reste au matin quelques piqures suspectes. Les nuages nous empêchent de faire une lessive en règle à la rivière, de peur de devoir se glisser le soir venu dans un duvet assaini mais désespérément humide. La guerre des ampoules, en revanche, s’est conclue par une triomphe inégalé : reddition des brulures, libération de Petit-Orteil et assèchement de quelques trous d’obus sous la voute plantaire.

Aujourd’hui, après un petit-déjeuner qui s’est étiré dans un bâillement gigantesque de 8h30 à 11h, on s’est installés à l’ombre pour réfléchir à la suite ; je pars demain en direction d’Addis et de Mélo. La route m’a plu et j’en retiens des paysages fabuleux, des épisodes de stop concluants et des feux de camp efficaces. Beaucoup de marche aussi, de dénivelé, de grands oiseaux à envergure d’aéronefs…
C’est une façon de voyager dans laquelle je me sens à l’aise mais il y en a une, je le sais, qui me convient encore davantage et qui commence à me manquer. J’ai besoin d’une petite charge de travail. Une ferme, une petite équipe, bref un peu d’indépendance monnayée par quelques heures de travail journalier, en bonne compagnie, voilà le besoin qui commence à se (re)faire sentir. Je repense aux goyaviers de Dahab que j’ai taillés avant de partir : ils ont dû, selon l’expression d’Olivia, « partir en bombe ! » pendant l’été… C’est qu’il y a un petit goyavier près de la table où je rédige cet article dans mon carnet. Le soleil mouchète la nappe où s’éparpillent guide de voyage (lubie du jour : et si on se tapait des journées de routes à peine carrossables vers Nejo ? c’est le lieu supposé des mines d’or du roi Salomon !), carnets couverts d’amharique (paradis se dit genet, cascade fuwafuwaté) et l’inoxydable Usage du monde (Bouvier et Vernet carbonisés de soleil trouvent le repos qu’ils peuvent dans des tchaïkhanes baloutches enfumées d’opium).
Outre ce petit goyavier, il y a aussi ce chapelet acheté à Khartoum (et que les derviches portent en collier) dont j’ai passé la fin de la matinée à graver quelques-unes des perles de bois. La première perle correspondrait au 13 juillet (2014)… La pointe de l’ouvreboite de mon couteau suisse a, bon gré mal gré, inscrit dans le bois certaines semaines-repères et, après deux heures à m’affairer sur ma petite relique soudanaise, voilà que je peux égrener à l’aveuglette les semaines du voyage. Le voyage tient dans ma main, et apparemment au moins 35 perles restent à venir…

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J’ai bien une idée en tête… C’est à Gambela, une ferme bio qui accueille des volontaires (seule du genre en Ethiopie) ; un pays de marais, de tensions tribales récemment apaisées et de migrations d’antilopes. Pourquoi pas ?
Pendant ce temps, Simon est parti faire un tour dans le village (il en était revenu avec les photos d’oiseaux de l’article). Depuis le matin montent des ateliers de tissage le tchik-tchak des métiers.
On est à Awra Amba. C’est une communauté unique en son genre, fondée il y a plus de trente ans et longtemps combattue par le gouvernement. Ses membres se considèrent égaux entre eux, quels que soient genre, âge, origines ethnique et sociale. Egalité, partage des tâches, travail, éducation et, tant que le reste du pays ne se met pas à leur heure, autosuffisance : voilà ce qui leur semble le meilleur chemin vers une vie heureuse. De ce qu’on peut en témoigner, l’endroit est vivant, la communauté parait soudée, et le soir le bâtiment du centre du village s’anime agréablement. Uthiopie, #1

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3 commentaires

  1. Les randonnées sur les haut-plateaux ont laissé leurs traces on dirait ! Mais vous vous en êtes bien sortis malgré tout (hormis les puces haha, ça a l’air d’être une plaie quand même). J’aime le bâillement gigantesque et j’aurais plus prêté attention à ton brachaplet si j’avais lu cet article plus tôt. Sauf si tu l’avais perdu entre temps ? Mais je ne crois pas 😉

    Un joli nom ça, Uthiopie. Et un chouette programme en perspective.

    1. Je l’ai toujours, j’en ai peint quelques perles au Sinaï et maintenant il est fini, mais on m’en a donné deux nouveaux… en additionnant toutes les perles qui me restent, ça me fait encore quatre ans haha !

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