Turquie #12, Et au loin, l’Arménie…

Capture d'écran - 07232016 - 01:31:58 PMLe voyage est tout environné de gratitude : envers nos conducteurs si généreux (une barre de chocolat par-ci, un thé à la station-service par-là, et des kilomètres, des kilomètres !), envers Ercan à Sivas, envers les villageois de Pashayurdu qui nous ont logé pour la nuit dans une grande pièce attenante à la mosquée, et qui défilaient chacun à leur tour pendant qu’on dinait, curieux de ces deux Français apparus dans leur village de 70 habitants…

Lise s’est levée à l’heure, moi je me suis contenté de neutraliser mon réveil.

Après une brève halte à Erzurum, où je récupère mon visa iranien, Lise décide de pousser la route avec moi jusqu’aux confins du pays, là où la steppe se jette à la rencontre de la belle Arménie… Nous faisons route jusqu’à Kars et nos premiers conducteurs me permettent d’étrenner mes dix mots de kurde et d’en apprendre cinq autres. Le paysage évolue, la route sinue au fond d’une gorge, les troupeaux de moutons saupoudrent le sommet des collines comme des éclats de pistache sur une boule de glace turque.

Merci Mokhtar ! c’est lui dont on croise le pickup à la sortie du village et qui nous offre cette belle alternative au camping.

Puis on fend la steppe. Juste le temps de traverser Kars (la ville kurde d’où Cafer est originaire) et d’y faire quelques emplettes (la région est nationalement réputée pour son miel et son fromage) et on reprend le stop ; une famille nous aide à rejoindre la route d’Ani. La mère assise à l’avant nous fait la conversation, on ne comprend pas tout mais sa nature bavarde, solaire, son visage rieur, son ton enjoué, nous rend aussi enthousiastes qu’elle. Elle vit sur une chouette fréquence. Elle a un prénom dont on perd les syllabes après l’avoir quittée, un prénom un peu chelou, genre Sümgürlü… A notre descente de voiture, elle nous accompagne jusqu’au coffre et là-dedans c’est une sacrée extase : tous ces kilos de fromage maison ! et, rieuse, elle en remplit l’une des barquettes de Lise.

watershipEnsuite on s’avale 32 bornes en vingt minutes, notre conducteur fonce à travers la steppe en se souciant fort peu de la ligne blanche. Défile derrière les vitres un paysage d’autant plus magnifique qu’on le sait notre hôte pour la nuit. La vitesse se double des tubes récents que je n’ai cessé d’entendre depuis trois mois dans une multitude d’autoradios turcs… ça he-say-me-ha-to-work-work-work-work-work-work et ça come-on-come-on-turn-the-radio-on. Est-ce qu’elles ont conscience, les reines de la pop, que leur voix file, fluide, au-dessus de la steppe ? Je voudrais croire que c’est ça qui les motive à faire des tubes : plonger dans la bourrasque et filer à travers la steppe, dévalant les pentes rases, décoiffant un troupeau, avalant la plaine en une bouchée d’énergie pure… ça vaut combien de stades, d’être ça ? (J’écrirais bien à Beyoncé pour lui dire de se faire composer un morceau lourd, saturé, hyper premier-degré en mode maitresse de l’univers, type Galadriel pendant sa crise, et sur lequel elle poserait les paroles : I am the steppe I am the steppe…)

La bouteille de shampoing de Lise, héritée du hammam de Sivas, a explosé dans son sac. C’est fou, ces shampoings qui rêvent de liberté (ça me fait penser aux lapins de garenne en exil dont je lis les aventures en ce moment !), je ne sais même plus combien de fois Mélo a connu une mésaventure similaire. Et en ce qui me concerne, il y a à Montauban une église qui se souvient bien de moi, puisque mon sac lui avait vomi sur le parvis tout le contenu d’un tube de mousse à raser. Tout ça entame peu notre enthousiasme puisque nos provisions sont sauves et que notre salle à manger fait quarante kilomètres carrés.

Capture d'écran - 07232016 - 01:39:40 PMDame Lise ne se laisse donc point acornardir et nous installons pressément nos victuailles en coin herbeux puis tenons festin. Il y a là affriolante motte de fromage légèrement poivré, il y a là substantificque miel dont la couleur eût rendu envieux le plus grand orfèvre des Flandres. Nous prenons le pain et le rompons. Une carafe en carton nous abreuve d’un jus de mangue gouleyant et nous grappillons à loisir les orangettes que dame Lise a eu l’affabilité d’amener de la lointaine cour de France. Damoiseaux, la galimafrée est totale, le Caucase vous salue bien.

La rive de gauche, c’est l’Arménie !

Capture d'écran - 07232016 - 01:34:02 PM

Comme vous le voyez, on n’est pas mécontents d’avoir poussé si loin.

 

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