Iran #2, Le château perché

(Aujourd’hui, un article court, avec des photos, bref un machin récréatif pour bien signifier que la garde-à-vue c’est fini !)

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Capture d'écran - 08042016 - 03:23:17 PM

Quelques bus et une ribambelle de taxis desservent la petite ville de Kaleybar, nichée au creux des montagnes près de la frontière azérie. Moi c’est par le gentil conducteur de 11h32 que j’y arrive, et sans lever le pouce je n’ai qu’à changer de trottoir pour qu’un autre m’embarque sur la route qui commence à sinuer gentiment. Un quart d’heure plus tard, à l’abord d’un camping-restaurant peu fréquenté, je gravis la première marche. Le large escalier semble conduire au sommet de la colline. L’ombre prodiguée par les noisetiers permet de me reposer du soleil écrasant, de poser les sacs trop lourds, de sentir le vent convertir mon teeshirt trempé de sueur en une compresse rafraichissante.
Arrivé laborieusement au sommet de la colline, il faut se rendre à l’évidence qu’elle n’a rien d’une colline. Paysage d’altitude : d’imposantes crêtes rases se lèvent vers le sud, maintenant la forêt à bonne distance. Je monte le camp à sa lisière, dissimulé derrière un bosquet de noisetiers infesté de punaises. J’aime bien les punaises. Les gens, n’aimant pas les mauvaises odeurs, détestent les punaises parce qu’ils les tuent et qu’ensuite elles sentent mauvais. J’appelle ça : se créer des problèmes.

Je passe le gros de l’après-midi à bouquiner, un peu déçu par ce sentier de randonnée qui semble ne mener sur rien. J’avais noté dans mon carnet le nom « Babak Castle », pêché quelque part sur une page internet recensant les sites dignes d’intérêt de l’Azerbaïdjan oriental, la province iranienne où se situe Kaleybar. Mais je dois avouer que je vois mal ce qui pourrait se dresser de significatif dans la suite du sentier, hormis peut-être un champ de vieilles pierres.

Vers dix-sept heures, je me décide à poursuivre la randonnée, n’emportant que mon petit sac à dos et mes bouteilles d’eau à moitié vides. J’y ai vu des gens aller et venir, preuve qu’il y a tout de même quelque chose à voir, au moins un beau panorama.
Une demi-heure passe, le sentier monte lentement à flanc de crête. Quelques groupes d’Iraniens et une petite buvette flanquée de panneaux en farsi confirment l’existence du château de Babak. La grimpette s’accentue jusqu’à un col doté d’une volée de marches conduisant à une terrasse en pierre. Dans le creux du col a été ménagé un étroit corridor présentant une nouvelle volée de marches… et arrivé au sommet des marches le panorama vous percute :

babak fin
Quel genre de fou furieux, de mégalomane ou de paranoïaque était Babak pour qu’il ordonne la construction de cette forteresse inaccessible, à 2300m d’altitude ?
Je suis prêt à parier que c’était le genre de type à écraser les punaises et enrager de l’odeur qu’il provoque.

babak stairs

La longue montée jusqu’au donjon. Un petit air de Cirith Ungol…

Le lendemain, je ne suis pas parti. Je me suis réveillé après neuf heures, je suis sorti apprécier l’air frais et manger un biscuit. J’avais envie de profiter du château une journée de plus. Je suis descendu au camping-restaurant boire un thé ; sur le chemin je me suis senti bien faible, aussi faible qu’un doux débile le lendemain d’une randonnée à jeun… Alors je passe une heure en bas, à plonger des morceaux de sucre dans mon verre de thé et bouquiner un peu La Reine des rêves. J’achète quelques provisions avant d’entamer la remontée.

babak sommet
En fin d’après-midi, je quitte à nouveau mon campement en direction du château. J’aime beaucoup marcher deux fois sur le même sentier. Ca me donne l’impression d’être un habitué, d’avoir le droit de dire « j’ai vécu à Babak »…

babak1Petite photo-souvenir au sommet du donjon, où une famille finit de piqueniquer et m’offre un verre de thé et quelques selfies… que l’anglophone de la famille aura l’attention de m’envoyer par mail une semaine plus tard !

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Un commentaire

  1. Salut Olivier Et encore Merci de cet article qui me ravit l’œil, je le fais suivre (comme les autres d’ailleurs ) à mon ami Babak qui te lit avec plaisir aussi… Il m’avait parlé de son château et je vois que tu as percé le caractère des Babak.. Faut juste rajouter une grandeur d’âme !!! À la mesure des montagnes et leur largeur !
    Gros bisous picards…. Te lire est un bonheur !

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