Iran #7, Plein sud ! (Ispahan, Persépolis, Chiraz)

ispahan dome

Voilà ce qu’on gagne, un jour de stop après l’autre, en prenant la route du sud. Sortir de Téhéran est un jeu d’enfant, l’avant-dernière station de la ligne de métro nord-sud nous laisse à une demi-heure à pied du péage de l’autoroute du golfe Persique. Ensuite on se laisse aux bons soins de ses conducteurs, de la clim souvent, des snacks imprévus toujours. J’ai fini par monter la tente sur un vaste rondpoint… si vaste, répartissant le trafic d’une ville entière, le roi des rondpoints, Anlor si tu l’avais vu tu l’aurais appelé rondpoint giratoire et t’aurais eu raison, c’était un badass de rondpoint giratoire ultra-ciculaire avec des tas de poids-lourds qui lui tournent autour ! A l’entrée de la rocade d’Ispahan, donc, dissimulé par les arbres j’ai avalé la moitié de l’énorme cantaloup offert par un épicier. Le lendemain, après avoir pris l’autre moitié au petit-déjeuner (l’homme-fructose est de retour), je rejoins le centre-ville pour que mes yeux puissent engloutir un peu des splendeurs de Naqsh-e Jahan, la grande place safavide d’Ispahan, que se disputent la mosquée de l’Imam et la mosquée Lotfallah. La plus grande place sur Terre après Tian’anmen !

ispahan neqsh e jahan

Après Ispahan, je goute à la générosité des routiers chirazis. On déjeune d’énormes assiettes de riz et de poulet avant de prendre la direction des montagnes de Semirom où ils ont rendez-vous à la carrière pour charger sur la remorque deux ou trois blocs de calcaire. Le soleil décline lorsqu’on longe le lac Hanna.

C’est drôle comme les réminiscences sont parfois réglées comme du papier à musique. L’an dernier, à cette période de l’été aussi, mon amie Julie m’envoyait une photo, exhumée d’on ne sait où, datant de cette insouciante et formidable période du début de la fac. Sur la photo il y avait Julie, Hanna et moi. Je me rappelle avoir été assez bouleversé de retomber sur cette photo, là-bas (à des vies de là, semblait-il) dans ce cybercafé d’Omdurman, et que j’avais erré une heure dans la nuit, vraiment transfiguré par le souvenir de cette époque. Alors un an passe et un camion s’arrête et me ramasse, il me fait faire un détour et soudain longe un lac qui porte ton prénom. (J’ai passé une partie de mes années d’archéo en compagnie d’Hanna. On buvait des coups dans le minuscule appartement de Julie rue Jean-Pierre Timbaud, il y avait Clément aussi, fine équipe se moquant des clips d’Inna ou regardant hilares une énième fois Les Visiteurs en vidant un cubi (et des scènes de Kuzco parfois : Un lama ?! mais… il devrait être mort !)…) Mes petits potes rencontrés à Hattuša, confirmés aux fouilles d’Alésia et consacrés à Jean-Pierre Timbaud ! je vous embrasse bien fort et je remercie la vie pour tous ses clins d’œil… Elle se marre tellement, la vie, à nous préparer ce genre de gentils guet-apens.

Peu après le lac, mes conducteurs, l’air contrarié, immobilisent le camion pour un moment. Alors dans l’heure qui suit, couché sur l’asphalte, le plus âgé de mes compagnons farfouille sec, le nez dans le cambouis, se fait passer les outils, fait tousser le moteur, s’éponge le front, reprend, accepte de bonne grâce la lampe frontale que je lui prête une fois que la nuit nous entoure. Le berger a rentré ses chèvres depuis longtemps lorsqu’on reprend la route, moi je suis content d’avoir pu leur être d’une utilité quelconque, j’ai même eu le temps de leur tresser un cendrier avec une canette abandonnée sur le bas-côté. La nuit la route passe plus vite, des morceaux de pop chirazie emplissent la cabine. Ce petit détour par Semirom changera un peu la forme du W, je me dis en m’assoupissant.

persepolis entree

Je saute du camion vers quatre heures du matin aux abords de Chiraz, après les derniers remerciements, et file finir ma nuit sur une charmante pelouse. Nous sommes le 31 juillet, c’est l’anniversaire d’Harry Potter (joyeux anniversaire Harry ! joyeux anniversaire Neville !) et il fait vite légèrement transpirant sur la route qui mène à Persépolis. J’achète pour trente-mille rials de sablés (plutôt bons) avant d’affronter le site, ses lions-taureaux colossaux, ses fins bas-reliefs, ses tombeaux dans la montagne.

persepolis ensemble
Plus tard, dans les rues de Chiraz, impossible de me défaire d’un air de Polnareff, mais finalement ça me fait rire de chantonner son espièglerie par ici… Femmes que j’aime mais tatatata…
Enfin j’y suis, à Chiraz, petite fiancée de faïence, les mosquées se couvrent d’oisillons bleus et pourpres, à l’endroit, à l’envers, vivant entre les tiges, les pétales, se mordillant les plumes au-dessus de bouquets d’iris, les iris qui s’ouvrent, charnus, vaginaux, entre les rosiers obscurs. Leurs roses, généreuses comme des pivoines. Et un oiseau s’est posé ici, et là, entre deux épines ou sur une tige à la poussée paradoxale… Moi je suis là, à l’entrée de la mosquée Vakil, perdu au milieu de la nature que raconte la faïence, et cet homme en bleu surgit de la galerie, sort peut-être tout droit des briques et des céramiques peintes, et me lâche quelques mots coincés dans un accent allemand : paradis, paradoxe, l’islam, Garten, moi je n’ai pas eu le temps de me composer une expression adéquate, je le regarde de ma figure béate, déjà il s’éloigne et je reviens à la contemplation des motifs, sans en rien décrire mais avec les quelques mots de l’Allemand à l’esprit, bouche ouverte, tête nue et sueur aux épaules. Au-dessus de moi les couleurs et les dimensions s’amusent comme jamais. A cinq mètres, au sommet d’une colline verdoyante, s’enracinent deux tentacules rubiconds qui ondulent dans un ciel blanc et lui jettent leur floraison en aumône, des tas de pétales en rosace dont le poids fait courber leur tige… Cela se passe très loin au-dessus de la colline, et à des dimensions des iris. Au sommet de la porte les plantes ont achevé leur transformation, se prélassent, méandrent, jaune soleil, tandis que derrière leurs tourbillons le bleu a gagné en intensité. Les roses s’y épanouissent à l’asphyxie, leurs pétales soyeux, leurs pétales caressés par quelques coups de pinceau fins et pâles, les seuls à les avoir jamais caressés.

shiraz khan school

Sous une coupole, à Chiraz…

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4 commentaires

  1. Bonjour de New York cher Olivier;

    Je m’appelé Babak et je suis un ami de longue date de Claire qui habite à Orry La ville. Comme tu peux imaginer je suis d’origine Iranien et c’est avec intérêt et curiosité que je lis tes blogs en sachant que cela fait maintenant presque trente ans que je n’ai pas retourne à mon pays d’où l’intérêt et curiosité de te lire et de le retrouver des yeux d’un autre. Et si tu mettais un peu des photos des gens que tu rencontres lors de ton voyage, je sais que ce n’est pas facile de photographier les gens surtout dans un pays comme le mien mais c’est aussi important de voir les visages anodins des conducteurs ou des serveurs que tu rencontres pour avoir une idée de leur personnalités.
    Merci, bon courage et bon balade dans le pays de ‘Nougat’ et ‘Faloudeh’.

    1. Bonjour Babak, merci beaucoup pour ton message !
      Tu soulèves un pan de la vaste supercherie de ce blog : je voyage sans appareil photo ! je ne fais qu’en récupérer certaines, de compagnons de voyage, de conducteurs amateurs de selfies… voire juste d’internet en essayant de choisir celles qui correspondent le mieux à ce que j’ai vu. Sinon il y aurait surement + de portraits en effet… Mais si tu as cette impression, c’est aussi que je n’essaie pas assez de faire de portraits en mots ! je vais essayer de travailler sur ça dans les prochains articles.
      J’ai gouté le nougat d’Orumiyeh il y a quelques jours, c’était bien bon !
      merci de me suivre de si loin (:

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