#2, Bleu, blanc, noir

De novembre à janvier, le golfe de Tadjourah est une destination très prisée. Le plus gros poisson de la planète vient y planctonner tranquillou, au tiède, en bordure des massifs coralliens. Il est facile à repérer, il a toujours l’aileron qui pointe.

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Le plus gros poisson de la planète, c’est le requin-baleine, un énorme et paisible bestiau à la jolie livrée en damier qui passe la matinée à flâner près du rivage en aspirant algues et plancton. Ce matin-là, ce sont surtout des jeunes qu’on a vus, des machins placides de 5 mètres évoluant autour de nous.

Et ouais, zéro frais de dentiste !

On barbote en masque et tuba autour du petit bateau à moteur, à contempler le requin-baleine qui planctonne au-dessous de nous, qui fait mine de s’éloigner puis revient, avec sa grosse tête de cachalot, sa bouche plus large que moi et son corps de squale.

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Après une heure d’émerveillement en divers endroits du littoral, on remonte une dernière fois sur le bateau. Alors qu’on s’apprête à démarrer, le dernier requin-baleine revient dans notre direction, son ombre pâle passe sous l’embarcation et puis il semble mettre le cap au large. Salut, grand.

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Après Arta et quelques heures en stop dans un camion blindé de cagettes de Fanta, j’arrive à Ali Goshé, dernier village sur la route du lac Assal. Le désert nous environne. Ça me plait de retrouver ces choses simples, marcher le long de la route, sous le soleil encore pesant du milieu d’après-midi, en direction d’un paysage prometteur, au frais avec moi-même, à chantonner je ne sais quoi, peut-être Fly me to Khartoum ? la tente dans le sac, le tapis de sol enroulé au-dessus, un paquet de biscuits dans une poche, une bouteille d’eau et deux bouquins dans une autre, bref, à marcher d’un bon pas au milieu du désert. Au bout de quelques virages et un dénivelé ou deux, le lac Assal s’annonce.

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A -153m, le lac Assal est le point le plus bas du continent africain. Il se situe au cœur de la dépression de l’Afar, au commencement de la vallée du grand rift. Un jour, dans quelques millions d’années à peine, tout ça sera englouti, un nouvel océan s’appropriera la mer Rouge et fendra l’Afrique jusqu’au Zambèze : l’Afar, le Rift éthiopien, le lac Victoria, le Tanganyika, partout vous aurez la possibilité d’observer la mégafaune marine. Des ferrys relieront, en trois jours d’une éprouvante traversée, le Burundi à Nazret, futur port au pied d’Addis Abeba. C’est la théorie majeure de l’évolution du rift africain : individualisation de la plaque tectonique somalienne, océanisation de la vallée. Malheureusement, au rythme où l’homme détruit son écosystème, l’immersion du grand rift se fera sans lui. Quoi qu’il en soit, les rives du lac Assal, blanches de sel ou noires de lave, ont une grande majesté. Les vents balaient les massifs volcaniques qui surplombent le lac. C’est là, sur un petit rectangle plat de deux mètres par un, que j’étale mon tapis de sol, au milieu des rochers qui coiffent un petit escarpement. L’ombre des volcans gagne peu à peu les rives de l’Assal. Je m’endors dans le vent frais. Quand je rouvre l’œil, c’est la nuit, et dans le ciel il y a autant d’étoiles que de campeurs solitaires pour les admirer. Il y en a tant ! J’ai la tête encore blottie dans mon pull-oreiller qu’Orion me saute aux yeux. Il n’y aura que ça cette nuit-là, Orion et le vent frais. Jamais je n’ai aussi bien dormi à la belle étoile.

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Vous pouvez vous repérer en jetant un coup d’oeil à cette carte !