#6, Obélisques et bondieuseries

Ce blog n’est pas un guide de voyage alors je vais passer rapidement sur les tas de sites touristiques incontournables d’Ethiopie. Mais les photos valent la peine alors je vous les poste.
Lbet giorgis vu du cielalibela. On est allés sur le site à six heures du matin. Les gardes n’étaient pas encore bien réveillés et on a eu le temps de poser les pieds sur le rocher de Bet Giorgis (l’église Saint-Georges) avant qu’on nous demande les tickets d’entrée, dorés à la feuille d’or, que nous n’avions pas…

L’affaire est simple et chacun vous la racontera avec plaisir. « Il y a quatre ans, l’entrée aux églises coutait 50 birr [2€]. Ils ont décidé d’augmenter le prix du billet à 350 birr. Ils ont vu que les Occidentaux payaient toujours, alors maintenant c’est passé à 1000 birr [45€]. » Bienvenue dans la machine touristique. Je n’ai pas payé. C’est surement stupide, une fois parvenu si près. Mais 45€ c’est presque mon budget bouffe pour un mois. (Un jour je vous parlerai de mes comptes. Je les tiens hyper scrupuleusement, pour qu’à mes vieux jours, dans ma petite maison d’Inis Mór, je puisse m’occuper à les analyser en camemberts.)

bet giorgis

Je ne sais pas pourquoi je viens en Ethiopie. Lalibela vend du rêve mais ce n’est pas visiter Lalibela qui rendra le voyage réussi. En Egypte, j’aurais troqué les pyramides et la vallée du Nil pour les deux ou trois matinées passées à discuter avec des inconnus. Les inconnus n’en sont plus, et si je savais peindre je voudrais leur dessiner une fresque en leur hommage. Une pyramide, ça vous aide à être heureux, vous ? Salut Saint-Georges, je reviendrai quand tu seras moins chère. (Je peux toujours courir.)

  

De Lalibela, on est partis pour Gondar et ce fut l’occasion pour moi de voir une église que j’avais pas pris le temps de visiter la première fois, Debre Berhan Selassié. Grand bien m’en a pris. Rien qu’à l’extérieur il y a plein de belles choses, de la toiture au message sur les bidons, « please don’t put anything inside because it is holy water »… ça m’a fait ma journée.

Quant aux peintures qui couvrent l’intérieur de l’église des murs au plafond, avouons qu’elles déboitent.

 Et puis direction Aksum, où nous attend une civilisation des premiers siècles de notre ère qui aurait unifié les deux rives de la mer Rouge et qui alimente des tas de fantasmes. C’est que c’est dans cette région qu’on cherche le royaume de Saba… oui, la reine de Saba, venue visiter Salomon, qui conduit au-devant d’Israël sa caravane au parfum de santal, la reine de Saba dont la figure éclairée par la lune et les doigts trempés d’ésotérisme m’ont longtemps bien fait fantasmer (esthétiquement, je précise) (faut dire qu’elle m’est venue par l’intermédiaire de Nerval) : c’est tout à la fois l’appel au voyage et le mythe en marche, le mythe qui serpente du sud au nord, le long de la mer Rouge, un nouveau mythe qui s’érige à une vitesse de djinns, à une époque où Ophir et Pount avaient encore droit de cité sur les cartes. Pharaon trainait dans le coin aussi. Bon. Beaucoup de rêves, peu de vérité archéologique. Quoi qu’il en soit, ce gloubiboulga mythique n’est pas pour rien dans le tracé de ma route depuis dix mois : )

Et ici, la tradition affirme que les Empereurs d’Ethiopie sont les descendants du fils de la reine de Saba et du roi Salomon, c’est pour ça qu’on les appelle Salomonides. Mais les dates ne collent pas avec celles de l’empire d’Aksum, qui a probablement succédé à ces cultures moins connues ayant laissé des vestiges de ce côté-ci de la mer comme du côté yéménite. Bon, quoi qu’il en soit, les stèles aksoumites, certaines plus volumineuses que les obélisques égyptiens, sont assez bellegosses. Celle qui a chuté est particulièrement impressionnante. Un peu l’impression d’avoir le royaume à ses pieds ou une quelconque légende déchue, squelette de brachiosaure, reptile de Tolkien.

Voilà, le circuit historique c’est fini. Il y aura bien quelques bondieuseries postérieures, des monastères nichés au diable, mais notre expérience les a rangés dans la catégorie « randonnée ». Vous comprendrez. Les bouteilles d’eau c’est important, en pays aride… voilà pour la petite phrase introductive de l’article suivant (qui ne viendra pas avant des siècles).

carte article 6
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