#8, Aux monastères

 

Le Tigray. J’arrive à Abi Adi avec Simon par le bus du matin. (Merci, une fois de plus, pour les photos !) Après un solide petit-déjeuner, on part en direction d’Abba Salama, un monastère peu accessible de la région : un peu de stop puis beaucoup de marche dans les vallées arides des environs, à longer des cours d’eau asséchés où dorment quelques flaques rougeasses. Les enfants suivent de loin en loin les troupeaux de chèvres.

Lorsque le soleil commence à s’assagir, on entreprend l’ascension vers le plateau. Un sentier sinue à travers l’escarpement. Nos fonds de bouteilles d’eau annoncent une bonne déshydratation. Et puis c’est le plateau, qu’on atteint sans s’y attendre, comme toujours. Soudain le monde est horizontal à nouveau, des champs s’étendent entre les murets, l’aridité recule un peu. Après une longue marche dans le jour en déclin, on parvient à l’autre extrémité du plateau. Devant nous, d’autres escarpements, vertigineux, et Abba Salama isolée sur son ilot. On campe au bord de l’à-pic, rassemblant des branches épineuses qu’on ne brulera même pas : on préfère s’endormir pour oublier la soif.

Au lever du soleil, on lève le camp en s’émerveillant du panorama. Abba Salama, on la laissera seule, au sommet de son escarpement. Pas assez d’eau pour poursuivre la randonnée, qui nous a déjà offert assez de charmes.

C’est le chemin du retour, à travers le plateau où dans la brise matinale les femmes cheminent en portant de gros bidons jaunes sur le dos, vers un point d’eau, une flaque, un petit ruissellement moins croupi qu’ailleurs. La saison sèche commence à peine. Plusieurs régions de l’Ethiopie sont déjà en alerte sécheresse et famine.

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On atteint le village de Workamba après trois rapides heures de randonnée : de l’injera, du shiro et, surtout, des bouteilles d’eau ! Notre jauge d’hydratation peut enfin remonter. Puis, vers onze heures, on se met en route vers un autre monastère, Abbi Yohanni. Le pickup qui nous a pris en stop nous dépose au début du sentier. Sept kilomètres plus tard, après avoir emmené dans notre sillage tous les gamins du coin nous proposant en vain d’être nos guides (merci les gars mais marcher le long d’une piste de quatquatres c’est quand même dans nos compétences), un petit carré blanc se dévoile au milieu de l’escarpement. Météores d’Afrique de l’Est. Ils se sont aménagés un petit balcon les moines, orienté plein ouest ; pépère la vie monastique ! on se creuse un bar à hydromel dans une fissure, aussi ? Simon part y jeter un œil et photographie des guêpiers tandis que j’écris une petite page. Il fait bon, l’eau ne manque pas, la lumière de l’après-midi commence à submerger la pierre.

  

Au petit matin, je quitte la tente et j’emprunte le chemin qui monte au monastère : un pont, des escaliers, de courts tunnels apprivoisent l’escarpement. Puis on regagne d’un bon pas la route d’Abi Adi et une ambulance nous prend en stop pour les derniers kilomètres, alors que le soleil commence à taper.

 
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