#9, Khartoum Network

J’ai discuté avec Hadjir sur CouchSurfing. Elle connait Hafiz. Il ne peut pas m’héberger et Ahmed non plus, mais Hafiz connait Assir qui probablement… enfin là il passe le weekend hors de Khartoum mais il va demander à Amin, qui habite à Omdurman, du côté de Souq Libya et Amin surement… Allez, bingo, ce sera Amin. (Merci Clément pour le jeu de mots, le voilà recyclé en titre d’article !) Première introduction à mon expérience soudanaise de mégalopole.
Puis je rejoins la coloc d’Assir. Avec moi on est neuf est l’ambiance est plutôt chouette. Il y a le minimum nécessaire : deux grandes pièces vides, une grande cour où la plupart des colocs sortent les lits le soir pour profiter de la relative fraicheur. Un petit frigo débranché fait office d’armoire, une ou deux valises dégueulent de fringues, un réchaud et quelques saladiers trainent dans la pièce du fond. Dans un coin de la cour, une porte en fer ouvre sur le local de toilettes et de douche ; je pense que c’est le coin le plus chaud et le plus humide de tout Omdurman mais les cafards y sont jolis. (Non c’est vrai ils sont bien gros avec des antennes souples. Et puis honnêtement, qu’il y ait des cafards, je m’en fous. Que celui qui s’est déjà fait piquer par un cafard nous décrive son expérience en commentaire…)
Ah oui c’est à Omdurman. L’agglomération de Khartoum, à la confluence du Nil Blanc et du Nil Bleu, est divisée en trois : au sud il y a Khartoum ; à l’ouest, Omdurman ; au nord, Bahri. Une carte (OUM !) s’il vous plait. (Qu’il est bête !)

plan khartoum

Alors une agréable routine commence lentement à creuser son lit dans les vertes collines du dépaysement.
Commençons par la nuit. Il fait suffisamment chaud pour que la moindre coupure d’électricité (ce qui est assez courant) finisse par te réveiller. Alors tu restes allongé les yeux qui fixent les pales immobiles du ventilo et tu attends. Tu essaies de parler au réseau d’électricité, tu artises le ventilo, tu finis ta bouteille d’eau, tu pries pour que le vent se lève et te rafraichisse d’un peu de poussière. Et puis finalement, tu tues le temps et la chaleur, dans le ciel qui commence à bleuir, à faire des anagrammes. (J’ai probablement trouvé le vôtre, demandez-le moi par mail.) Et puis tu finis quand même par te rendormir. Et dans un demi-sommeil tu entends le froufrou du ventilo qui reprend et qui brasse, et qui brasse, c’est tout frais, et le sommeil peut t’écraser en toute quiétude.
En fin de matinée, je vais à la terrasse du coin prendre un café avec des zalabias (le gout rappelle celui des bugnes), bouquiner vaguement (Lévi-Strauss ou plus souvent mon guide de l’Ethiopie) et acheter la première bouteille d’eau de la journée. Je pense que je parlerai de ces terrasses dans un article suivant.

Parfois je vais à Khartoum dans la journée, il faut prendre le bus, c’est pas simple au début parce que les bus n’ont ni arrêts, ni couleur, ni numéro. A la porte un rabatteur crie la destination de temps en temps. Du coup tu te fabriques des arrêts imaginaires pour te repérer. Moi je suis prêt d’un des axes principaux d’Omdurman, la rue el-Arda (référence involontaire assez plaisante à Tolkien), à l’arrêt du grand stade de foot d’El-Merrikh (une des deux grandes équipes de Khartoum/du Soudan), c’est facile, surtout la nuit quand ses projecteurs haut perchés éblouissent tout le quartier. (Moi je suis d’avis que la municipalité aurait pu s’occuper d’installer le tout-à-l’égout puis de construire les deux stades de foot.) Ensuite il y a le rond-point, ensuite la station-essence Matthew Petroleum puis un grand salon de beauté qui s’appelle Beyoncé, ensuite le pont sur le Nil Blanc… Bref, une fois dans le centre de Khartoum vous avez la possibilité de vous réhydrater (quoique) de jus de citron bien sucrés.

Ou aller prendre un café au bord du Nil. En plus du fait que les Soudanais ne sont pas de grands klaxonneurs, Khartoum a une énorme qualité qui manque au Caire : les bords du Nil ne sont pas bétonnés. Le Caire, Le Caire dans son ensemble, c’est une voie sur berges. Esthétiquement et pulmonairement c’est vraiment dégueu. Je pense que c’était Pompidou le maire du Caire au moment du plan d’urbanisation. Khartoum a ceci d’inhabituel que, même en centre-ville, les bords du Nil ne sont pas construits. Ici, le Nil entre encore en crue. Le fleuve est partout environné de champs, un ruban de 500 mètres qui sépare le fleuve du premier axe de circulation, Shar el-Nil (rue du Nil). Sur Shar el-Nil, vous pouvez vous installer en terrasse et boire l’habituel café-gingembre ou thé-girofle avec les pieds de votre chaise fichés dans l’herbe. Et, devant vous, les champs puis le fleuve. C’est agréable au coeur d’une ville de huit millions d’habitants.