#5, Au départ de la route W

A vrai dire, ma traversée du Gilan pourrait déjà en faire partie. Quand la route W a-t-elle commencé ?
Peut-être à Abbas Abad, sur les bords de la Caspienne, où j’ai aidé Mohammad pendant quelques jours à nettoyer sa propriété ? Tailler les buis, dégager les gravats qui encombraient l’annexe au fond du jardin, balayer la coursive… Profiter de la fin d’après-midi pour aller faire un plongeon dans la Caspienne, une fois avec un groupe de jeunes Téhéranais venus chez Mohammad pour le weekend, une autre avec Adriano et Steffi, deux Suisses qui pédalent vers l’Asie du sud-est… La Caspienne est tiède lorsqu’il a fait beau et parfaitement rafraichissante après un jour de pluie. Les Iraniennes s’y baignent tout habillées, charia oblige, et gare aux impudiques qui voudraient braver la loi et nager en manches courtes… En fac de lettres, on est parfois tenté de balancer toutes ces interprétations sorbonnardes qui tirent par les cheveux le moindre vers de Rimbaud, et de le réveiller pour qu’il puisse crier : « Non mais c’est pas ça que j’ai voulu dire… » Quand je vois les Iraniennes avancer dans les vagues en manches longues, j’ai envie d’aller chercher Dieu pour qu’il puisse crier la même chose.
Les vagues de la Caspienne sont assez vivifiantes et lorsqu’elles se forment et commencent à se coiffer d’écume on s’y jette à corps perdu, on les accueille à bras ouverts en criant : celle-ci arrive du Kazakhstan ! celle-ci de la Tchétchénie ! et celle-ci, celle-ci elle est pour moi, c’est d’Astrakhan qu’elle arrive !

Mohammad héberge quotidiennement des amis à lui et des cyclistes en route pour le grand est, alors chaque soir il faut bien participer à l’ambiance. Mohammad a la soixantaine, une grosse moustache, de nombreux tubes de Shakira sur sa playlist favorite et beaucoup d’amis d’un peu partout. Parmi eux, un autre Mohammad, de Bandar Abbas (le grand port du détroit d’Ormuz), qui il y a quelques années a rallié l’Iran à Oman à vélo.
A vélo !
Une semaine à pédaler, équipé de flotteurs, au milieu du golfe d’Oman. En guise d’escorte, des dauphins par centaines. Tout le monde a les yeux qui brillent lorsqu’il le raconte, et même vous aussi un peu, j’en suis sûr, derrière votre écran. Pédaler au milieu de l’océan. Pédaler au milieu des dauphins…

Ou alors elle n’a commencé qu’à Téhéran, cette route W, lorsque j’y ai passé quelques jours à la fin juillet pour (bande-annonce du prochain article) commencer le grand marathon des consulats d’Asie centrale. Ce que je sais avec certitude, c’est que depuis la Macédoine j’avais dans un coin de l’œil la position inhabituelle de certaines grandes villes iraniennes, comme une constellation qu’on se dessine peu à peu. A Ishak Pasha, la veille de mon passage en Iran, j’étais sous la tente, je me souviens qu’il faisait nuit, j’ai repensé à ce drôle de W formé par Téhéran, Chiraz, Yazd, Kerman et Mashhad, et je me suis décidé à les relier, parce que fin aout ce sera l’anniversaire de Wanda et que y a pas de raison, je voyage mais pourquoi ça m’empêcherait de te faire un cadeau, alors voilà c’est la wandyssée je vais tracer ton initiale en stop sur 2600 kilomètres. J’espère que ça te plaira Wandi (:

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