#3, A l’auberge

On me voit souvent courir vers la cuisine. J’oublie systématiquement l’eau mise à chauffer, on doit friser les 75%. C’est un modèle de bouilloire qui ne s’éteint pas d’elle-même lorsque vient l’ébullition, alors il ne reste plus qu’à éponger le plan de travail et recommencer. Parfois j’oublie plusieurs fois de suite. Et je voudrais trouver en ville du gingembre pour faire des cafés à la soudanaise… D’ailleurs peut-être que ça me rendrait plus impliqué dans la préparation du café et que je n’aurais plus à surgir dans la cuisine sirènes hurlantes et constater que l’eau s’est encore évadée… Je suis du genre distrait.

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Les jours à l’auberge de jeunesse s’écoulent tranquillement, surtout par temps pluvieux. Je reste à la réception de 23h à 11h, j’y dors tant que je veux ; l’essentiel est d’entendre la sonnette si des invités arrivent tard et de préparer la table du petit-déjeuner pour 8h. On est deux volontaires, ce qui fait que, sur deux semaines de bénévolat, chacun est libre sept nuits sur quatorze. Et la saison n’a pas encore vraiment commencé.

Hier Tamara est revenue, Tamara c’est la propriétaire de l’auberge, elle a une chevelure de Lorelei dont elle fait partager les dancefloors skopiotes et thessaloniciens. Elle fait aussi des tas de trucs de ouf avec des clous, si elle explose le concept elle finira au Musée d’art contemporain de Skopje (qui est vachement bien). Toute l’équipe est adorable, en fait. Il y a aussi Koko, un étudiant qui parle je ne sais combien de langues sans accent et passe beaucoup de Beyoncé. Cet après-midi avec Mandra, une autre étudiante qui travaille ici (et devrait faire Macedonian Idol tellement elle a une belle voix), on va aller boire un coup, peut-être dévorer un de merveilleux kebabs qu’ils font par ici (des kebabs de gourmet), et surtout faire un petit tour des tatoueurs skopiotes parce qu’Anika, l’autre volontaire, s’est décidée à encrer ses voyages. D’ailleurs, si ça vous intéresse, elle les raconte par ici !

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Les nuits sont calmes, les matinées passent en augmentant petit à petit le volume des enceintes ; ce matin c’était Fleetwood Mac, Dusty Springfield et Django Django ! Avant-hier je suis rentré de balade et j’ai trouvé toute l’équipe en train de lutter dans le salon pour imiter la chorégraphie d’un clip de Beyoncé. (J’en ai déduit que l’idée venait de Koko.) C’est bien agréable de débarquer dans cette ambiance à son « lieu de travail » !

Et puis je réfléchis aux randonnées que proposent les environs, le Kosovo n’est pas loin, les lacs que se partagent l’Albanie et la Macédoine non plus. Et la rêverie quant à la suite, parfois lointaine, du voyage offre de folles après-midis sur les atlas interactifs et les forums de voyageurs. Le visa pakistanais ne s’obtient que depuis son pays d’origine, quant à la Géorgie on peut y rester un an sans aucune paperasse ! Je rêve à plein d’itinéraires tout en sachant que je voyage trop lentement pour me projeter si loin ; l’an dernier je pensais atteindre la Tanzanie avant Noël… Et le reste du temps se passe en discussions, et à réfléchir à des idées pour retravailler un long texte.

Bref, un petit article de rien du tout histoire de vous donner une idée de l’agréable routine de ces temps-ci à l’auberge, avant d’enfiler les bottes de sept lieues…