#4, L’Anatolie en fleurs

We are a small group of people who try to implement and disseminate ways of living and producing in harmony with nature. We live in Tahtacıörencik village, near Ankara. We want to create sustainable and replicable models in such areas as small-scale family farming, natural farming, permaculture, nature conservation, community-supported agriculture, non-violent communication, and gift economy.

Tahtacıörencik est le nom du village où Ceyhan et Nihal ont leur maison. Des bénévoles les aideront bientôt à bâtir une nouvelle maison sur le terrain qu’ils ont acquis ; pour l’heure c’est une cuisine en plein air qu’on construit, pour que les bénévoles aient leur indépendance lorsqu’ils dormiront sur place, dans une belle yourte. Jusqu’ici on dort dans leur maison provisoire, parce que début mai en Anatolie il fait encore froid et, entre deux jours ensoleillés, de véhéments orages lessivent la vallée, emportant la tôle des toits des granges et recouvrant les rues de grêlons comme si on avait y déversé des remorques de billes de polystyrène.

Le pied du futur poteau est brulé puis huilé. Mais surtout, c’est bientôt la pause thé !

Alors on prend des mesures, on porte des planches, on coule du ciment ; on essaie de clouer droit et les heures passent agréablement au fil des vrombissements de la tronçonneuse, maniée d’une main experte par le voisin et maitre d’oeuvre Sebahattin, avec qui notre turc et notre langue gestuelle vont en s’améliorant aux pauses café, aux pauses thé, entre deux éclats de rire.

Lorsqu’ils construisaient la yourte…

Le champ s’est constellé de bouquets de violettes qui s’avèrent délicieuses. Celles de fin d’hiver sont toujours plus sucrées, parait-il. Lorsque l’envie se fait sentir de quelques semailles, on transporte les dizaines de bocaux de Ceyhan à l’autre bout du terrain pour les vider consciencieusement, poignée après poignée, en fantasmant les récoltes à venir : lentilles, coriandre, cumin noir, radis, haricots…

Le mardi c’est le jour où l’on prépare la marchandise, à commencer par les onguents (de souci ou de camomille cueillies quelques jours auparavant) à empoter. Ensuite, une fois en tablier, il n’y a plus qu’à se plonger dans la poudre blanche… pour remplir les sacs en toile de toutes les farines possibles, et c’est comme ça que je me retrouve après deux semaines turques à être incapable de dire « quand est-ce qu’on mange ? » mais à savoir traduire sur le bout des doigts çavdar (seigle), arpa (orge), nohut (pois chiche) et à connaitre des variétés de blé probablement intraduisibles : pehlivan, kızıltan, karakılçıkKarakılçık ça sonne vachement bien, non ? Vous cherchiez un nom pour votre futur chat ?

Naturopathie, bonsoir !

Un nom qui a mes faveurs, c’est la ville d’Afyonkarahisar, dans l’ouest de l’Anatolie : ça signifie Forteresse noire de l’opium, c’est quand même sacrément badass ! et le soudjouk (sucuk), la saucisse de boeuf sèche et épicée d’Afyon, j’avais déjà eu l’occasion d’en gouter à Belgrade grâce à Miroslav, le coloc de Dimitri, c’est un régal du petit-déjeuner à l’après-souper. Le reste des repas s’agrémente de plein de bonnes choses : böreks, soupes de lentilles, olives, fromage, salades égayées de gratteron, yaourt du village qui remplit une marmite entière, confitures de mûres ou de figues, gâteau au chocolat au gingembre… Parfois, Ceyhan revient du jardin avec du trèfle et des fleurs de souci pour donner du gout à l’omelette. Le diner peut se conclure sur quelques verres qu’il serait bien scandaleux de refuser : rakı artisanal, liqueur de caroube…

Et les journées s’achèvent dans la fraicheur anatolienne : les vaches passent dans les rues tintant de la cloche ; les chiens de berger s’assoupissent, on a mis des buches dans le poêle de la salle de bains pour se doucher à l’eau chaude. Devant le jardin un veau esseulé meugle un peu ; le courant est revenu et un arc-en-ciel consacre la fin de l’orage, tandis qu’au loin les monts bleuissent et la brume s’installe à leur pied.

Balade en lisière du village…

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