Ethiopie #4, Camper sur les hauts-plateaux

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On volpane dans la tente en zippant fébrilement bâche et moustiquaire. Il fait nuit noire, on vient de monter le camp à l’aveuglette après cinq heures de stop et Simon a aperçu de la faune non identifiée rôder sur la route à quelques mètres de nous, une faune dont les griffes cliquetaient sur l’asphalte. On ne sait pas ce que c’est mais peu après monte dans la nuit de hurlulement d’une hyène. On est en bordure de Mekane Selam et je ne sais pas quel est mon souci numéro un : avoir une hyène pour voisine ? avoir oublié mon duvet dans la voiture du type qui nous a pris en stop ?

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Tout a commencé par une chaude journée de saison sèche, à Debre Libanos. Le soleil brillait, les gorges de la Jemma nous catapultaient 800m d’escarpements dans les yeux et les gamins du coin, quand ils ne protégeaient pas des oiseaux leurs champs (à la fronde), nous poursuivaient sur les sentiers en demandant des thunes. Avec Simon on s’est dit : « Et si on passait sur le plateau d’en face ? » (Sur la photo ci-dessus vous pouvez voir que c’est loin, en face.)

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S’ensuivit une descente escarpée par les chemins de muletiers, une pause bière à un abri-sous-roche et quelques heures désespérantes par champs et par torrents avant d’atteindre la Jemma. On a campé, diné, dormi, lavé nos chaussettes dans la rivière et puis on a bravé l’escarpement.

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Après une journée riche en pertes de souffle (la grimpette, l’altitude et la beauté des vues), on a atteint le village de Woqo où une vieille dame, s’apitoyant sur notre hypoglycémie, nous a offert un bon repas et un grand verre de t’ella (de la bière artisanale).

C’est pas grand, une tente…

 

On s’est fait héberger par les profs du village, on a bu de bons cafés et on s’est endormis sur un matelas confortable quoiqu’assaisonné de puces, un peu honteux de l’odeur dégagée par nos chaussures de rando. Le plateau suivant nous a offert d’autres gorges, d’autres panoramas explosifs et un formidable emplacement où poser la tente (on pense envoyer les photos à Quechua pour leur prochaine campagne de pub).

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Au soir du 7 octobre, sur une petite butte semée de moulemariniers (on ne sait pas ce que c’est mais quand on presse les feuilles de cette plante, aucun doute : ça sent les moules marinière), tandis que les spaghettis commençaient à s’assouplir dans notre cancérigène boite-de-conserve/casserole, un habitant des environs s’est invité à la fête, brandissant une lampe-torche et peu enclin à simplifier son amharique pour que j’en comprenne une traitre phrase. On a fini par comprendre (le ton et les gestes) qu’il nous accusait de lui avoir volé son bois. Voleur de bois. Moi monsieur ?! Libraire amateur je veux bien, archéologue de pacotille sans aucun doute, lent trayeur de chèvres oui, vendangeur du dimanche, bouffeur de canard… mais voleur de bois ?!

Eh ben le monsieur il a appelé la police. « Oui bonsoir, commissariat du Petit Chemin Bordé d’Eucalyptus ? oui je vous appelle parce que j’ai deux individus en lisière de mon champ qui, non contents d’avoir le jean troué et de puer des pieds, font cuire leurs pâtes dans une conserve et… oui il se trouve que j’ai reconnu les branches, ce sont les miennes je suis formel… L’eucalyptus qu’on avait planté pour le baptême du p’tit oui… Faites vite… »
On a éteint notre feu (sacrifiant nos pâtes qui, dans la confusion, se complaisaient dans une irrécupérable semi-cuisson) et échafaudé la stratégie suivante : « On va dans la tente, je me mets à poil dans mon duvet pour donner de la force à mon personnage de dormeur innocent on on range nos billets de banque dans une poche secrète, au cas où ils se mettraient en tête de nous foutre une amende qu’on ne paiera pas. »
Trois quarts d’heure plus tard, les policiers toquent à la tente et nous demandent dans un anglais fort convenable si… si « on a des questions ». On explique la situation, je joue aisément la carte tant préparée du dormeur innocent (torse nu et broussaille de cheveux sont de merveilleux adjuvants) et ils repartent après nous avoir donné leur numéro.
Le plus merveilleux dans tout ça, c’est que j’ai retransféré mes billets dans l’intérieur de mon imper au lieu de les laisser dans la poche secrète de mon duvet. Et ça c’est vraiment formidable, puisque le lendemain soir, ledit duvet nous faussait compagnie, préférant à la menace d’une hyène une nuit dans un pickup.

Bref, les panoramas déglinguent.

Quelques péripéties supplémentaires plus tard ont agrémenté cette semaine de baroudage sur les hauts-plateaux : j’ai retrouvé le pickup (et mon duvet, du coup), on est passé par les gorges du Nil (d’autres que celles, truffées de babouins, d’un article précédent) et on a appris qu’à camper en bordure de plateau le danger faunistique principal n’était point la douce et aimable hyène mais l’affable et melliflu léopard. Hyène ou léopard, la réalité la plus désagréable c’est quand même les puces.

Pas de panique, on n’a rien de cassé. Les ambulanciers n’ont fait que nous prendre en stop !

 

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Un commentaire

  1. C’te rando !! Ces vues !! Magnifique :O je veux aller en Ethopie !! Mais… comment on se protège des léopards des hauts plateaux ? En tout cas ça a l’air plus facile que des propriétaires qui vous accusent d’être voleur de bois en tout cas hihi. Bravo pour avoir récupéré ton sac de couchage o/

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